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TROIS ASTUCES POUR ÉVITER LE HORS-SUJET

Dans certains concours, la dissertation économique est la norme. Elle concerne les publics suivants :

  • les étudiants des classes préparatoires économiques et commerciales ;
  • les candidats au Capes et à l’Agrégation des sciences économiques et sociales ;
  • les étudiants de l’Université qui aspirent à intégrer des carrières administratives comme le Trésor public ou l’Inspection générale des finances publiques ;
  • les candidats au concours d’entrée à l’École Nationale d’Administration (ENA).

C’est une épreuve incontestablement difficile, y compris pour ceux qui ont fait des études de sciences économiques et qui ont obtenu leur licence. 

La raison en est simple : cette épreuve ne porte pas sur des matières prises séparément comme la microéconomie, l’économie internationale, l’économie monétaire, etc, mais fait appel à des savoirs multiples. 

C’est pour cela qu’elle est tant redoutée. Pour ceux qui passent des concours, la dissertation économique semble toujours extrêmement déstabilisante. 

Dans l’esprit des candidats, il faut être capable de faire la synthèse d’une somme de cours très différents les uns des autres. 

Sur mes 31 ans d’enseignement supérieur j’ai, durant plus de 20 ans, préparé des étudiants à passer des concours dans lesquels la dissertation d’économie était la norme. 

J’ai notamment enseigné pour des étudiants inscrits en licence d’Administration Publique et pour ceux du Master des classes préparatoires. 

Je l’ai fait dans le cadre de l’Université pour des groupes très restreints d’étudiants. Et je leur ai enseigné plusieurs méthodologies qui ont toujours donné d’excellents résultats. 

Parmi les nombreuses techniques de travail que j’ai dispensées, je leur ai inlassablement enseigné plusieurs astuces qui permettent d’éviter le hors-sujet et de rester dans un seul couloir, celui qui est propre au sujet qui a été donné.  

Sans plus tarder, je vous propose de découvrir ces astuces qui sont au nombre de trois.

Première astuce : Ramener le sujet à un des grands domaines de la science économique

Dans l’un de mes ouvrages, j’ai défini huit grands domaines pour la science économique. Je vous les indique :

  • Les marchés et les organisations (cela correspond au domaine de la microéconomie et des organisations) ;
  • Les salaires et le marché du travail ;
  • La production, la consommation et les investissements (cela correspond au domaine de la macroéconomie) ;
  • La monnaie et l’inflation sous l’angle de l’approche théorique de la demande de monnaie ;
  • Les banques et la Banque centrale en mettant en exergue les approches microéconomiques de la monnaie et de l’offre de monnaie ;
  • Le commerce international et les négociations commerciales internationales ;
  • Les relations monétaires internationales ;
  • La politique économique.

Ma première astuce est la suivante. Lorsque vous recevez un sujet, sachez que dans la très grande majorité des cas, il se rattache à plus de 70% à l’un de ces huit domaines. 

Les 30% restants relèvent des thèmes transversaux comme par exemple l’histoire des faits économiques ou de la pensée économique. 

Prenons un exemple. Imaginons que le jour de votre concours, vous receviez le sujet suivant : « La mondialisation ».

Sur ce genre de thématique, je sais d’expérience que le risque de « hors-sujet » est élevé. Le pire est de donner votre opinion personnelle sur le mode d’un débat économique que l’on trouve abondamment dans les médias. 

L’autre problème qui se pose, c’est que vous ne saurez pas nécessairement comment le traiter même si vous avez suivi de nombreux enseignements en économie si personne ne vous a appris comment mobiliser votre masse de connaissances pour y répondre.

Vous allez alors passer un temps énorme à vous remémorer tout ce que l’on vous a enseigné, sans pour autant arriver à un résultat qui soit même moyen. 

L’une des clés pour vous en sortir consiste à rattacher le sujet à l’un des huit domaines que je vous ai mentionné plus haut. En l’occurrence, ce sujet appartient au sixième domaine : « Le commerce international et les négociations commerciales internationales ». À plus de 70%. 

Rattacher votre sujet au bon domaine est une étape importante, parce qu’elle vous permet d’être plus au clair sur les éléments de théorie et de méthodologie économiques à mobiliser pour répondre au sujet posé en vous évitant de naviguer dans le flou.

Deuxième astuce : trouver les grandes thématiques liées au sujet

Une fois que vous avez rattaché le sujet au bon domaine, il convient de dégager les lignes directrices (ou grandes thématiques) appartenant à ce domaine qui vont structurer votre devoir.

Si l’on reprend l’exemple de la mondialisation, cela renvoie notamment aux thèmes suivants :

  • Le libre-échange et le protectionnisme sont-ils compatibles ?
  • Pourquoi les nations échangent-elles ? Autrement dit, quelles sont les théories du libre-échange ?
  • Pourquoi certains secteurs échappent-ils au libre-échange dans les négociations commerciales internationales ?
  • Pourquoi recoure-t-on à des négociations commerciales internationales ?
  • Pourquoi les mesures protectionnistes sont-elles encore appliquées ?
  • Pourquoi les marchés publics s’ouvrent-ils très lentement à la concurrence internationale ?
  • Quels sont les instruments de mesure de la mondialisation ?
  • Quel est le lien entre libre-échange et croissance économique ?

Je n’ai pris que quelques minutes pour écrire ces lignes. Qu’ai-je fait ?

  1. Je me suis écarté de toute polémique du type : « Je suis pour la mondialisation ou je suis contre, etc ». 
  2. J’ai tout simplement ramené un sujet qui apparaît très vaste à un seul domaine. 
  3. J’ai, enfin, développé une série de thèmes sur ma feuille de brouillon à l’aide de mes connaissances en analyse économique. Ce faisant, je me suis assuré que j’étais dans le vrai. 

Ces trois séquences, vous devez les répéter sans cesse pour d’autres sujets. 

Allons plus loin. Même si le sujet sur la mondialisation se rattache majoritairement (à 70%) au domaine que j’ai appelé « le commerce international et les négociations commerciales internationales », il n’en reste pas moins vrai que pour les 30% restants, il faudra puiser les arguments ailleurs. 

Il ne faut pas aller chercher trop loin. Les 30% se trouvent dans les deux sources suivantes :

  • L’histoire du commerce international. Vous pouvez dans votre introduction dire que les nations échangent depuis plusieurs millénaires et mobiliser vos connaissances dans ce domaine.
  • Dans un document comptable transversal, extrêmement précis et précieux : la balance des paiements avec laquelle vous obtiendrez un maximum d’indicateurs qui aident à mesurer la mondialisation. 

Je vous invite à appliquer ces deux premières astuces sur d’autres sujets. Regardez par exemple les sujets d’économie qui sont donnés à d’autres concours et entraînez-vous à les rattacher à un des huit domaines et à en dégager les principales thématiques. 

Faites-le comme si c’était un jeu. Ne soyez pas déçu(e) si vous n’y arrivez pas du premier coup. 

En vous entraînant avec cette méthodologie, vous arriverez plus facilement à cerner les thématiques centrales associées à n’importe quel sujet, ce qui contribuera à vous éloigner du risque de hors-sujet.

Troisième astuce : écrivez des mots-clés en relation avec votre sujet

C’est l’autre grand temps fort de votre travail. Vous avez identifié le domaine d’appartenance de votre sujet, vous y avez écrit les grandes problématiques c’est-à-dire les thèmes s’y rattachant.

Maintenant, écrivez toute une série de mots en relation avec ces thèmes que vous avez dégagés. 

Écrivez sur votre brouillon environ une quarantaine de mots au maximum. 

Dès que ce travail sera terminé, passez-les en revue, et réfléchissez à l’aspect suivant en vous posant cette question : « Mes mots-clés sont-ils en relation avec les thèmes dégagés ? »

Dès que vous voyez qu’un mot ne convient pas, éliminez-le pour éviter de tomber dans le hors-sujet.

L’autre point essentiel est qu’il faut à tout prix éviter d’écrire des mots vagues ou creux, qui sont dangereux car ils peuvent vous éloigner du sujet et donc, vous conduire dans une mauvaise direction. Voici quelques exemples de mots clés à bannir : concurrence, stratégie, entreprise, performance, finance, équilibre, déséquilibre, avantage, désavantage, etc.

Chaque terme doit avoir un contenu précis. Par exemple, si vous écrivez le mot « avantage », et si votre sujet est « La mondialisation », corrigez et écrivez plutôt : « avantage absolu » et « avantage comparatif ». 

Vous êtes alors en plein dans le sujet, car l’avantage absolu se réfère à Adam Smith et l’avantage comparatif à David Ricardo. Or, ces deux concepts appartiennent aux approches théoriques de l’échange international qui doivent être mobilisées pour traiter un sujet tel que la mondialisation.

Pour tester la performance de vos mots clés, je vous invite à en préciser le contenu en les reliant à vos connaissances en analyse économique et en vous interrogeant sur la pertinence de ces mots clés pour votre sujet. Cela vous aidera à rester « dans le couloir » et à ne pas vous disperser.

À titre d’exercice, prenez un sujet déjà donné dans un concours et entraînez-vous à écrire des mots-clés pendant une dizaine de minutes en vous posant à chaque fois la question suivante : ce mot-clé est-il lié à mon sujet ?

EXEMPLE D’APPLICATION DE CES TROIS ASTUCES SUR LES SUJETS SECS

Il y a plusieurs types de sujets. Par exemple des sujets comme « La mondialisation », « La croissance économique », « La politique économique », etc, peuvent être qualifiés de sujets « secs » car ils ne comportent que deux ou trois mots.

Certains sujets secs sont tellement larges que l’on ne sait pas par quoi commencer. Le champ paraît donc immense, tellement vaste que vous pouvez vous sentir démuni(e). Dans ce contexte, le risque de hors-sujet est grand.

Quel est votre objectif dans ce cas ? C’est d’en restreindre le champ afin de pouvoir le traiter. 

Prenons donc un exemple pour mieux comprendre de quoi il s’agit.

Imaginons que je vous donne un sujet sec suivant : « La politique économique ».

En fait, je vais vous montrer que c’est encore plus facile que le sujet sur « La mondialisation », car celui-ci se réfère directement à l’un des grands domaines de référence en sciences économiques (cf. supra). 

La question à se poser est la suivante : quel est le contenu de « La politique économique » ?

Automatiquement, en posant cette question, vous vous obligez à en restreindre le champ et à préciser le contenu. La « Politique économique » recouvre les thématiques suivantes :

  • La politique budgétaire et fiscale de l’État.
  • La politique des taux d’intérêt de la Banque centrale.
  • La politique de (taux) change de la Banque centrale.
  • La politique de la concurrence des États.
  • La politique d’attractivité territoriale des États.
  • Le marché du travail et les politiques publiques. 

Ont été ainsi dégagées six grandes problématiques de la politique économique. Le champ de votre sujet a ainsi été restreint. 

Vous allez alors pouvoir commencer à travailler sur les mots-clés appartenant à chacune des thématiques que je viens de lister.

Afin d’illustrer de manière encore plus concrète ces trois astuces, je vais considérer deux thèmes et retenir un seul exemple de mot-clé pour chacun d’eux.

Exemple 1 : La politique des taux d’intérêt de la Banque centrale.

Quel est le mot-clé qu’il faut mettre en lumière ? Car ce terme « taux d’intérêt » paraît très large. 

S’agissant d’une Banque centrale, le terme approprié est, bien sûr, celui de « taux d’intérêt directeur ». 

Car c’est le taux d’intérêt directeur d’une Banque centrale qui va déterminer les taux d’intérêt des banques commerciales sur les crédits à la clientèle, à savoir les ménages et les entreprises. 

Et là, vous allez pouvoir montrer à la fois la puissance des Banques centrales, mais aussi la limite de l’instrument qu’est le taux d’intérêt directeur, notamment en matière de croissance économique.

Exemple 2 : La politique d’attractivité territoriale des États.

Prenons un deuxième exemple.

À quoi doit-on se référer automatiquement, autrement dit quel est le mot-clé fondamental ne doit pas être oublié quand on parle de « politique d’attractivité territoriale des États ? 

Lorsque je pose cette question à mes étudiants, je constate que moins de 30% d’entre eux connaissent la réponse, alors qu’ils en ont largement entendu parler lorsqu’ils ont étudié la balance des paiements. 

Le mot-clé fondamental est bien évidemment celui des investissements directs étrangers (IDE).

Si je retiens ce deuxième exemple, vous devez montrer pourquoi certains États réussissent à attirer des IDE, alors que d’autres échouent. Il convient notamment d’identifier, dans votre devoir, les critères majeurs d’attractivité d’un pays pour un investisseur étranger.

Ce point est important car les investisseurs n’investissent jamais au hasard. Je vais vous raconter une histoire vraie pour illustrer ce que je dis. 

Il y a plus de 20 ans, nous recevions dans notre faculté un des meilleurs spécialistes français des investissements directs étrangers.

Il nous démontrait que les investisseurs étrangers étaient rationnels. Jusque-là, rien de très surprenant, car l’investisseur étudie la rentabilité attendue d’un investissement, quel qu’il soit.

Mais là où j’ai vraiment été impressionné, c’est que ce spécialiste nous a démontré que les investisseurs examinaient plusieurs centaines de critères avant d’investir, notamment en matière d’investissements industriels.

Plus l’investissement est complexe et plus les critères sont nombreux. Les États les plus performants en matière d’attractivité territoriale sont ceux qui remplissent le maximum de critères.

POURQUOI IDENTIFIER LA NATURE DES SUJETS ?

Il est nécessaire d’identifier la nature du sujet pour pouvoir le traiter correctement. Dans cet article, j’ai insisté sur un type de sujet, ceux que j’appelle les « sujets secs ». 

Quand il s’agit d’un sujet « sec », votre objectif est de le restreindre pour en préciser le contenu en utilisant les outils de la science économique et les méthodologies que je viens de vous montrer.

Cependant, il existe d’autres types de sujets que vous devrez identifier, comme par exemple les sujets « neutres » ou à « question ». Ils sont plus précis que les sujets secs dans leur formulation, ce qui ne veut pas dire plus faciles. 

Ces sujets ne se traitent pas exactement de la même façon que les sujets secs, mais nous ne les abordons pas dans cet article consacré spécifiquement aux astuces pour éviter le hors sujet. 

Nous nous sommes focalisés ici sur les sujets secs parce qu’ils peuvent être déstabilisants pour les étudiants, et fortement susceptibles de les conduire sur des fausses pistes.

À PROPOS DU GUIDE DE LA DISSERTATION ÉCONOMIQUE

Si vous parvenez à maîtriser les méthodologies que je viens de vous présenter, vous aurez effectué un bond en avant. 

Vos idées deviendront de plus en plus claires. Et ce, quel que soit le mode de formulation du sujet. Vous ne pourrez plus faire « hors-sujet ». 

Afin d’aller plus loin dans votre travail de préparation, j’ai écrit pour vous un « Guide de la dissertation économique » qui développe de manière plus approfondie certaines méthodologies présentées ici (comme la technique des mots clés ou les sujets secs).

Le guide donne également d’autres méthodes de travail fondamentales à connaître et qui n’ont pas été exposées dans cet article.

Vous y trouverez de nombreux outils dont vous aurez besoin pour vous aider à réussir votre concours.

Je l’ai écrit pour que tous ceux qui sont confrontés à des épreuves d’économie difficiles, aient une méthode de travail. Ce « Guide de la dissertation économique », je vous l’offre gratuitement. 

Je vous invite à le lire, plusieurs fois s’il le faut, afin de vous imprégner des nombreuses informations qui s’y trouvent, et qui vous aideront, je l’espère, à faire la différence sur la concurrence le jour de votre concours.

Vous trouverez ici le lien de téléchargement du « Guide de la dissertation économique ».

Je vous souhaite une bonne et profitable lecture. 

Philippe Narassiguin.

L'auteur :

Philippe Narassiguin est un enseignant-chercheur en économie avec plus de 31 années d’expérience dans l’enseignement supérieur. Titulaire de deux doctorats obtenus à l’Université de Paris I (Panthéon-Sorbonne) et auteur de nombreux ouvrages, ses domaines de spécialisation sont l’économie monétaire, la macroéconomie et politique économique, l’économie monétaire internationale et le commerce international. Il a notamment enseigné dans les filières LAP (licences d’administration publique) et Master classe préparatoire pendant plusieurs années et préparé de nombreux étudiants pour leurs concours d’entrée dans les matières économiques.

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