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Économie monétaire et économie monétaire internationale : comment éviter la confusion ?

Certains sujets de dissertation économique dans les concours peuvent semer la confusion. L’idée d’écrire cet article m’est venue lorsque j’ai vu dans les annales des concours aux grandes écoles le sujet donné en 2012 pour intégrer HEC (Hautes Études Commerciales).  

Je vous le  communique  : « La crédibilité des accords monétaires ».     

Si vous aviez à traiter ce sujet, à quel domaine de l’économie vous le rattacheriez ?

J’ai, dans le « Guide de la dissertation économique », montré qu’il fallait rattacher chaque sujet à plus de 70% dans un domaine seulement.

La formulation de ce sujet a sans doute éliminé un grand nombre de candidats. Avant de vous donner la réponse, je vais passer en revue les problématiques fondamentales contenues dans chacun de ces grands domaines de la science économique.

Le domaine de l’économie monétaire

 Précisons le champ de l’économie monétaire afin que chacun puisse s’en imprégner. Les thèmes principaux qui structurent cette matière sont les suivants :

  • Les caractéristiques de la monnaie et l’émergence du système bancaire.
  • La mesure de la liquidité des agents économiques : les agrégats monétaires (M1, M2 et M3)
  • Les caractéristiques des systèmes bancaires.
  • La création monétaire et ses sources.
  • Le financement de l’économie et les formes du crédit bancaire.
  • Les taux d’intérêt.
  • Le marché interbancaire et monétaire.
  • Les politiques monétaires conventionnelles et non conventionnelles.
  • Les canaux de transmission de la politique monétaire.

L’économie monétaire internationale

 L’économie monétaire internationale est structurée autour de deux piliers : la balance des paiements et la problématique des taux de change. Procédons à l’examen des thèmes clés de cette matière.

  • La structure de la balance des paiements et son interprétation.
  • Les mécanismes de rééquilibre de la balance des paiements.
  • Les différents taux de change.
  • Les régimes de changes fixes : accords de Bretton-Woods, système monétaire européen et régime de caisse d’émission.
  • Les autres régimes de change : flexibles, administrés, etc.
  • Les théories de la détermination des taux de change.
  • La gestion des réserves de change par les Banques centrales.
  • Les politiques de change.

Le domaine d’appartenance du sujet

Procédons maintenant par élimination pour déterminer le domaine auquel appartient ce sujet.

On peut, d’ores et déjà dire que les thèmes de l’économie monétaire ne sont pas concernés.

Les marchés interbancaires et les politiques monétaires fonctionnent sur une base strictement nationale. Autrement dit, dans le cadre de pays ou de zones où il n’y a qu’une seule monnaie. Ces marchés sont cloisonnés, et les politiques de taux d’intérêt directeurs entre les pays divergent très fortement. Il n’y a donc pas d’accords entre les pays en matière de politique monétaire.

Le sujet appartient donc au grand domaine de l’économie monétaire internationale.

Les régimes de changes fixes sont pour la plupart des accords entre les pays pour maintenir la fixité des taux de change. Les plus connus sont les accords de Bretton-Woods et les accords régissant la fixité des taux de change entre douze pays européens.

 Les régimes de caisse d’émission (currency board) appartiennent à la catégorie des régimes de change fixes, mais ils ne résultent pas d’accords entre les pays. Ce sont des pays qui fixent le taux de change de leur monnaie avec celle d’un pays dont la monnaie est une devise de référence comme le dollar.

La façon de traiter ce sujet : ce qui est vraiment demandé

 Une fois que l’on a qualifié ce sujet, il faut comprendre ce que le jury attend du candidat. On soulignera les points suivants qui me paraissent incontournables pour traiter ce sujet sur les régimes de changes fixes.


Les régimes de changes fixes : caractéristiques et modes de fonctionnement

  • Il faut en premier lieu caractériser le régime de changes fixes : les objectifs notamment en indiquant les marges de fluctuation autorisées. Dans les accords de Bretton-Woods, il est nécessaire de mettre en exergue les quatre règles de base de ce système.
  • En second lieu, il est nécessaire d’indiquer quel est le rôle fondamental des Banques centrales sur le marché des changes. Dans des régimes de changes fixes, les Banques centrales interviennent continuellement sur le marché des changes afin que les parités entre les monnaies soient respectées.
  • Les dévaluations (réévaluations) entre les monnaies interviennent toujours dans les régimes de changes fixes. La raison en est que les déficits structurels des balances des biens et des services pour les pays concernés nécessitent des dévaluations pour que ces pays retrouvent de la compétitivité et que les filières concernées aient le temps de se restructurer.
  • Rappel : lorsque l’on dévalue une monnaie par rapport à d’autres monnaies, les biens et services deviennent moins chers et à priori cela stimule la compétitivité.
  • Par ailleurs, dans les accords monétaires, il y a une nécessité d’une convergence des taux d’inflation et des taux d’intérêt entre les pays.
  • La convergence des taux d’inflation découle de la théorie de la parité des pouvoirs d’achat. Les différentiels d’inflation entre les pays sur le moyen terme entraînent la dévaluation de la monnaie du pays dont le taux d’inflation est supérieur à celui des autres.
  • La convergence des taux d’intérêt est essentielle. Elle résulte de la coordination des politiques monétaires entre les pays adhérents à un régime de changes fixes. Les Banques centrales doivent par conséquent fixer leurs taux d’intérêt directeurs de façon coordonnée.

Pour quelles raisons la crédibilité des accords monétaires est-elle mise en cause ?


Il y a plusieurs raisons fondamentales qui entraînent tôt ou tard l’effondrement des régimes de changes fixes.

  • Les Banques centrales doivent accumuler sans cesse des réserves de changes considérables pour intervenir sur les marchés des changes. Pour cela, il est nécessaire que les balances des biens et de services des pays soient structurellement excédentaires pour disposer des réserves de change appropriées.
  • Les dévaluations (réévaluations) ne doivent pas être trop fréquentes. Or c’est souvent le cas. Cela affaiblit la crédibilité de ces accords de changes fixes.
  • Lorsque le montant des réserves de change d’un pays diminue fortement, celui-ci recoure à l’endettement international pour les reconstituer. Ce qui accroît la dette du pays.
  • Les politiques de coordination des politiques monétaires sont difficiles à mettre en œuvre. Sur le long terme, les pays sont en désaccord pour faire converger leurs taux d’intérêt directeurs.
  • L’exemple type est celui de l’Allemagne. Lors de la réunification monétaire, la Bundesbank (la Banque centrale de l’Allemagne) a augmenté massivement son taux d’intérêt directeur. Les autres pays adhérents au système monétaire européen (SME) ont fait de même. Ce qui a provoqué une flambée des taux d’intérêt des banques commerciales sur les crédits à la clientèle. Les taux d’intérêt supérieurs à 10% ou plus étaient monnaie courante dans les pays du SME. Dans certains pays, les taux pouvaient même atteindre 17%, sur les crédits immobiliers par exemple. Il s’en est suivi une grave récession dans les pays du SME avec un taux de chômage massif.
  • Les spéculateurs ont alors compris que plusieurs monnaies allaient être dévaluées. Ils ont massivement acheté du deutschemark (la monnaie allemande) et vendu des monnaies faibles provoquant ainsi l’effondrement et la fin du SME.
  • Les raisons de l’effondrement du système de Bretton-Woods sont similaires même si en plus il y avait la spécificité du régime de l’étalon de change-or. Le point de convergence entre les deux régimes de changes fixes était qu’à un moment, les Banques centrales dépensaient des sommes colossales pour maintenir la fixité des taux de change entre les monnaies. Le coût des interventions devenant prohibitif, elles ont décidé d’un commun accord de mettre fin au régime de changes fixes.
  • Il est difficile de maintenir un régime de changes fixes sur le long terme. La crédibilité des accords monétaires est sans cesse mise en cause. Ils faut sans cesse opérer des réajustements monétaires dès la création de ces régimes. Car les différentiels de compétitivité entre les pays sont souvent criants. Ils se traduisent par des déficits structurels et des excédents structurels des balances des biens et services entre les pays. Ce qui provoque des dévaluations (réévaluations) fréquentes entre les pays.


La difficulté de ce sujet était tout d’abord dans sa formulation. Il fallait en effet le rattacher à un des huit grands domaines de la science économique, comme je l’ai montré dans Guide de la dissertation économique. Une fois que ce travail avait été fait, il était nécessaire de maîtriser les thèmes clés de l’économie monétaire internationale.


Mon conseil est de prendre chaque semaine un sujet donné à un concours et dans un premier temps de savoir le rattacher à un des huit grands domaines de l’économie. Cela étant effectué, écrivez les mots-clés et les grands thèmes qui le structurent. Cela devrait prendre moins d’une heure. Faites le systématiquement et vous serez récompensé.


Philippe Narassiguin.

L'auteur

Philippe Narassiguin est un enseignant-chercheur en économie avec plus de 31 aannées d’expérience dans l’enseignement supérieur. Titulaire de deux doctorats obtenus à l’Université de Paris I (Panthéon-Sorbonne) et auteur de nombreux ouvrages, ses domaines de spécialisation sont l’économie monétaire, la macroéconomie et politique économique, l’économie monétaire internationale et le commerce international. Il a notamment enseigné dans les filières LAP (licences d’administration publique) et Master classe préparatoire pendant plusieurs années et préparé de nombreux étudiants pour leurs concours d’entrée dans les matières économiques.

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