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NE CONFONDEZ PAS LES CRISES FINANCIÈRES

Il existe une grande confusion à propos du terme de « crise financière ». La dernière, commencée aux États-Unis en 2007, a été appelée « crise financière », exactement comme, il y a plusieurs années, on a parlé de la « crise financière asiatique » ou de celle du Mexique.

En réalité c’est un terme générique qui englobe des problématiques radicalement différentes les unes des autres. Le mot «problématiques »  est vraiment celui qui convient car, il s’agit de thèmes qui n’ont quasiment rien à voir les uns avec les autres, mais qui sont tous regroupés sous une même étiquette.

Définissons tout d’abord cette expression avant d’analyser les caractéristiques de ces crises « financières ».

La typologie des crises financières

Si vous avez un sujet sur les crises financières dans un examen ou dans un concours, le risque de confusion est très grand. En effet, ayez à l’esprit qu’il y a cinq catégories de crises financières. Ce sont : les crises bancaires, les crises de change, les crises boursières, les crises de dettes publiques et enfin les crises monétaires.

  • Les crises bancaires

Définition : On parle de crise bancaire lorsque les emprunts des agents économiques auprès de leurs banques ne sont plus remboursés sur une très grande échelle.

Prenons un exemple, afin de visualiser cette situation. Supposons que les emprunts contractés en France par les ménages ne soient plus remboursés et que cela touche environ 30% du total des emprunts de ces derniers pour l’ensemble des banques. Le cas le plus récent est celui de la crise dite des subprimes aux États-Unis, commencée en 2007 et qui concernait  les crédits immobiliers des banques.

Très concrètement, cela signifie que les remboursements d’emprunts ne sont plus effectués. Les banques connaissent alors une très grave crise de liquidité. Autrement dit le « cash » ne rentre plus dans les caisses des banques.

Imaginez une entreprise qui donne à ses clients un délai de paiement moyen de 45 jours et dont 35% des factures seraient impayées. Si cela dure plusieurs mois de suite, elle serait acculée à la faillite.

Lorsque les banques subissent ce genre de situation, elles se retrouvent dans l’incapacité de prêter de l’argent à leurs clients, ménages et entreprises : c’est ce que l’on appelle le « credit crunch » ou effondrement du crédit.

Les autorités publiques ainsi que la Banque centrale organisent alors le « sauvetage » des banques, ce qu’elles ne font pas pour une petite ou moyenne entreprise. L’argument qui est avancé est celui de la crise systémique. Autrement dit, si les autorités monétaires n’interviennent pas, l’ensemble des banques pourraient faire faillite, ce qui provoquerait en cascade la faillite de la quasi-totalité des entreprises et un chômage record.

  • Les crises de change

Définition : Le marché des changes est le marché de l’offre et de la demande de devises. C’est sur ce marché que les cours ou taux de change entre les monnaies entre elles sont déterminés. Les crises de change sont marquées par une très forte dépréciation d’une monnaie nationale par rapport à des devises internationales de référence (dollar, euro, etc).

Les raisons des crises de change sont liées à des facteurs économiques comme des déficits structurels et importants de la balance des biens et des services d’un pays, ou au fait pour celui-ci d’avoir une dette publique trop élevée, dont une grande partie est libellée en devises internationales comme le dollar. Les agents économiques vendent alors massivement la monnaie de ce pays pour acheter d’autres monnaies.

Le taux de change de cette monnaie subit alors une très forte dépréciation par rapport aux devises de référence. La conséquence immédiate est que le coût de ses importations devient très vite insupportable, ce qui accroît encore plus le déficit de sa balance des biens et des services. Il enregistre alors une diminution très forte de ses réserves de change en devises internationales (dollar, euro, yen, livre sterling, etc). Ce qui l’oblige à contracter des emprunts dans ces devises de référence afin de les reconstituer. La conséquence est l’accroissement du montant de sa dette internationale.

On peut résumer cela par la séquence suivante :

Déficits structurels de la balance des biens et services d’un pays et/ou dette publique libellée en devises étrangères trop élevée ➡️ vente massive de la monnaie de ce pays et achat de devises de référence ➡️ effondrement du cours de change de cette monnaie contre les grandes devises internationales ➡️ augmentation considérable du coût de ses importations ➡️ épuisement des réserves de change ➡️ emprunt en devises internationales pour reconstituer les réserves de change ➡️ accroissement de la dette internationale de ce pays.

De nombreux pays ont connu ce que les économistes appellent un cercle vicieux, marqué par un enchaînement de « mauvaises nouvelles » comme le montre cette séquence. Les crises de change sont nombreuses et on peut citer les exemples du peso mexicain ou du bath thaïlandais qui ont suscité beaucoup d’études économiques il y a quelques années.

  • Les crises des marchés financiers ou crises boursières

Définition : Les crises boursières affectent les marchés financiers, l’endroit où sont cotés les titres, c’est-à-dire les actions et les obligations. Elles se caractérisent par un effondrement du cours des titres dans un laps de temps très court.

Les raisons des crises boursières sont souvent mystérieuses, car leurs causes sont multiples, contrairement aux crises bancaires et de change où, là au moins, elles sont parfaitement identifiées.

Les ventes massives de titres peuvent provoquer un effondrement durable de leurs cours, comme ce fut le cas pour le Japon durant plusieurs années. Elles ont plusieurs causes, mais on ne sait jamais pourquoi les acteurs se livrent en même temps à ces ventes pour que l’effet de masse conduise à cette chute brutale. Il y a une quarantaine d’années, les raisons macroéconomiques en étaient la cause lorsque l’on lisait des articles ou des études sur ce sujet.

Par la suite, les analystes ont été beaucoup plus circonspects, car les critères macroéconomiques se révélaient moins crédibles dans l’explication des crises des marchés boursiers. Ce qui a changé la donne en quarante ans, c’est sans doute la montée en puissance des fonds d’investissement sur titres qui se sont multipliés dans le monde et le rôle du trading.

Prenons l’exemple de la France et observons ses données macroéconomiques.

Le CAC 40 en France demeure, si l’on observe plusieurs périodes, à un niveau très élevé, malgré des paramètres économiques structurels qui restent mauvais :

  • Un déficit structurel et important de sa balance commerciale depuis 2004.
  • Des déficits publics constants qui ne se résorbent pas au fil des années.
  • Un ratio très élevé de sa dette publique en pourcentage de son produit intérieur brut (PIB) de 100% désormais.
  • Une croissance faible qui ne se redresse pas.
  • Un chômage massif, si l’on retient l’ensemble des catégories répertoriées par l’INSEE.
  • Une désindustrialisation très marquée, ayant conduit à des centaines de milliers de suppressions d’emplois.

Dans ce cas de figure, qui peut concerner également d’autres pays, les données macroéconomiques ne suffisent pas à expliquer les crises boursières.

Pour s’en sortir, il faut se focaliser sur deux aspects qui tiennent compte d’aspects microéconomiques ainsi que du comportement des acteurs.

Le premier est que les épargnants étant très mal rémunérés en France sur leurs dépôts d’épargne classiques tels que les comptes sur livrets, s’en détournent et s’orientent vers les placements collectifs comme les SICAV (1) ou les FCP (2). Cette attitude qui est rationnelle nourrit le marchés financiers de la place de Paris et contribue à  le maintenir à un niveau élevé.

Le second qui est très connu, relève du comportement moutonnier des marchés. Cela signifie que si de nombreux investisseurs vendent leurs titres pour encaisser leurs plus-values boursières, les autres suivent le mouvement pour ne pas perdre de l’argent, s’ils estiment que les cours des titres sont dans l’ensemble trop élevés. Si le mouvement de vente des titres devient massif, on assiste alors à une crise boursière. Ceux qui n’ont pas vendu à temps subissent des moins-values boursières.

  • Les crises de dettes publiques

Définition :  Les crises de dettes publiques que l’on appelle également « dettes souveraines », se traduisent par le fait que les États concernés ne sont plus en mesure de rembourser l’intégralité de leurs emprunts.

Lorsque les ratios dettes publiques / PIB sont très élevés, certains États ne sont plus en mesure de rembourser les montants empruntés. Les prêteurs sont alors obligés de consentir un rééchelonnement de la dette globale, c’est-à-dire un allongement du délai de remboursement de celle-ci. C’est ce qui s’est passé pour la Grèce il y a quelques années. Les pays européens ont alors été obligés de créer le « Mécanisme Européen de Stabilité » (MES) qui est un fonds de solidarité entre les pays de la zone euro, doté de plusieurs centaines de milliards d’euros et qui intervient en cas de défaut de remboursement de la dette d’un pays.

On peut souligner que ce ratio peut être élevé à condition que les fondamentaux d’un pays soient bons en termes de croissance économique, de création de richesse, de taux de chômage, de balance des biens et des services. Par ailleurs, si les emprunts servent à financer des infrastructures et à créer de la richesse future, c’est de la bonne dette. À contrario, des emprunts d’États qui viseraient à en financer le fonctionnement sont qualifiés de mauvaise dette.

  • Les crises monétaires

Définition : Les crises monétaires sont les plus anciennes « crises financières » de l’humanité. Elles traduisent le fait que l’étalon monétaire d’un pays n’est plus crédible et que, dans ce cas, la monnaie nationale disparaît, remplacée par une nouvelle monnaie.

Les crises monétaires sont récurrentes y compris aujourd’hui et pourtant personne n’en parle. Depuis la création de la monnaie, émise autrefois par les souverains locaux (ducs, comtes, princes, rois), des milliers de monnaies ont disparu. Lorsque les royaumes faisaient face à des crises agricoles très fortes et à de l’hyperinflation, les monnaies étaient remplacées. Les souverains eux-mêmes en payaient le prix : ils étaient destitués ou parfois même tués.

Les crises monétaires actuelles sont marquées par deux phénomènes : la dollarisation officielle d’une économie ou la création d’un nouvel étalon monétaire et donc d’une nouvelle monnaie. Dans le premier cas, des pays choisissent tout simplement le dollar américain (USD) comme monnaie nationale : c’est la dollarisation. Dans le deuxième cas, ils adoptent de nouvelles monnaies nationales en éliminant les anciennes. Récemment, ce fut le cas d’un pays comme Madagascar. En France par exemple, le nouveau franc a remplacé l’ancien franc.

Conclusion

Toutes ces crises portent le nom de « crises financières » mais sont radicalement différentes les unes des autres. Elles sont rarement connectées. Les cas de crises jumelles existent mais sont rares. Les crises jumelles se traduisent par le fait par exemple, qu’une crise boursière peut déboucher sur une crise bancaire. Mais c’est assez rare. Car les marchés de capitaux diffèrent les uns des autres. Tout étudiant qui passe un examen ou un concours devrait avoir à l’esprit que le terme de « crise financière » doit se décliner à plusieurs niveaux, car les marchés de capitaux sont multiples.

Philippe Narassiguin

  • SICAV : Société d’investissement à capital variable
  • FCP : Fonds commun de placement
  • Mots clés à apprendre et à approfondir : crises bancaires – crises de change – crises boursières – crises de dettes publiques – crises monétaires – réserves de change – trading – marchés de capitaux – dollarisation – mécanisme européen de stabilité (MES) – crises jumelles – crise systémique – déficit public

L'auteur

Philippe Narassiguin est un enseignant-chercheur en économie avec plus de 31 années d’expérience dans l’enseignement supérieur. Titulaire de deux doctorats obtenus à l’Université de Paris I (Panthéon-Sorbonne) et auteur de nombreux ouvrages, ses domaines de spécialisation sont l’économie monétaire, la macroéconomie et politique économique, l’économie monétaire internationale et le commerce international. Il a notamment enseigné dans les filières LAP (licences d’administration publique) et Master classe préparatoire pendant plusieurs années et préparé de nombreux étudiants pour leurs concours d’entrée dans les matières économiques.

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