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Les définitions en économie : Pourquoi il faut imiter les professions de santé

Trop peu d’attention est, de façon générale, accordée aux définitions des termes économiques.

Les médecins le savent. Donner le nom exact à une pathologie c’est définir le type de maladie. De là, découle la prescription médicale. Cette dernière comprend plusieurs éléments : les médicaments qui sont donnés, le dosage et le temps de prise du traitement.

Le patient apporte alors son ordonnance au pharmacien qui la contrôle. Durant leurs études, les futurs pharmaciens apprennent entre autres choses à vérifier l’interaction entre les médicaments prescrits. Autrement dit, entre les molécules qui les constituent.

Les pharmaciens doivent en outre prévenir les médecins en cas de dosage trop important. Cela doit se faire immédiatement, en temps réel. Par téléphone.

À chaque étape, médecins et pharmaciens vont faire appel à toute une série de définitions précises. Qualifier une maladie, c’est la définir. Établir une ordonnance c’est définir les médicaments appelés à traiter le malade. Pour le pharmacien, c’est la même chose lorsqu’il évalue (définit) le dosage et les interactions entre les molécules des médicaments.

La science économique est comme la médecine et la pharmacie. Elle est extrêmement rigoureuse. Elle repose sur des fondements scientifiques et chaque année, des prix Nobel sont attribués.

Mais nous n’avons pas de responsabilité majeure comme les professions de santé. D’où notre grande négligence vis-à-vis des définitions.

Donner une mauvaise définition ne tue personne en économie. Nous n’avons pas, en tant qu’économistes, de responsabilité particulière vis-à-vis de la collectivité, comme les médecins et les pharmaciens.

Oui mais… Pour les candidats à des concours, commencer son devoir avec un contresens  en matière de définition peut s’avérer fatal.

Pourquoi sont-elles si importantes pour réussir sa dissertation économique ? Parce qu’une définition entraîne toute une série d’implications très souvent importantes.

Dans l’esprit de chacun d’entre nous, qui avons choisi de devenir des économistes, il faut visualiser à chaque fois que nous abordons un sujet « l’égalité » suivante :

Une définition = Une (des) implication(s)

Dans cette partie du blog consacrée aux définitions, le but visé est d’aborder les définitions sous l’angle des implications. La définition en elle-même ne suffit pas, si elle n’est pas accompagnée par une analyse économique. C’est cet entraînement que je vous invite à faire en suivant chacun de mes articles de blog sur les définitions.

Je vais prendre un exemple. Supposons que l’on vous donne des statistiques sur l’endettement d’un État de la zone euro qui a progressé de +30% sur trois années consécutives. On vous demande alors de donner votre avis sur la croissance de la dette publique.

Quel est le piège dans cette formulation qui paraît anodine, et qui semble extrêmement facile à appréhender ?

Commençons par le piège. La formulation qui a été faite sème la confusion volontairement. Je vous ai parlé de l’augmentation de la dette de l’État et je vous demande votre avis sur la croissance de la dette publique.

En réalité, il ne s’agit pas de la même chose. 

1. La clarification de ces deux définitions : dette de l’État et dette

La dette de l’État ne concerne que le stock des émissions de bons du Trésor.

On part du montant brut de ces émissions, auquel on retire les remboursements annuels. On arrive à la dette nette de l’État, celle qui reste à payer chaque année. On obtient ainsi le stock net de la dette de l’État.

En revanche, la dette publique d’un État de la zone euro représente la somme des montants suivants :

Dette publique = [Dette de l’État + Dette des collectivités publiques + Dette des administrations de sécurité sociale].

Ce montant total est naturellement net des remboursements effectués. Pour un État de la zone euro, le ratio dette publique sur produit intérieur brut (PIB) doit être inférieur ou égal à 60%. 

2. Les implications de cette clarification

On peut alors apporter une réponse claire à la question posée.

Par exemple, la dette de l’État peut avoir effectivement augmenté, alors que celle des collectivités territoriales et des administrations de sécurité sociale peut au contraire avoir fortement diminué.  

Dans certains pays de la zone euro, le solde des administrations de sécurité sociale est même très largement excédentaire depuis plusieurs années. Ce qui a réduit très fortement l’endettement de ces administrations. Et contribué ainsi à diminuer le montant total de la dette publique.

Le facteur a priori négatif (croissance de la dette de l’État) est ainsi largement compensée par une réduction de la dette des collectivités territoriales et des administrations de sécurité sociale.

En outre si le ratio dette publique sur PIB est très inférieur à 60%, par exemple de 45% seulement, le pays dispose de bonnes marges de manœuvre sur le plan financier.

L’État peut continuer à s’endetter de façon positive pour réaliser des grands travaux de rénovation des infrastructures, pour investir dans la recherche publique, pour acheter des équipements très modernes pour la sécurité du territoire.

En outre, ces investissements sont créateurs d’emplois privés ou publics et contribuent à la croissance économique.

Regardez toutes les conséquences d’un raisonnement qui est faussé dès le départ, par une méconnaissance des définitions exactes.

Si vous aviez confondu dette de l’État et dette publique, vous auriez conclu que la forte augmentation de la dette de l’État ne lui donnait aucune marge de manœuvre sur le plan financier.

Cela n’aurait pas permis des investissements massifs débouchant sur de la croissance et des créations d’emplois.

En donnant une définition juste de la dette publique, vous montrez exactement le contraire.

Le candidat qui sait faire la différence entre la dette de l’État et la dette publique, développe ainsi une analyse économique parfaite.

En un mot, il aura déjoué le piège qui lui était tendu.

C’est ce type d’exercice que je vous invite à faire. Il faut toujours procéder en deux temps : clarifier la définition et en montrer les implications.

Vous améliorerez ainsi la qualité de votre dissertation économique.

C’est pour cette raison que, dans le Guide de la dissertation économique j’ai tant insisté sur un des aspects fondamentaux pour réussir un devoir d’économie : la technique des mots-clés.

 

L'auteur:

Philippe Narassiguin est un enseignant-chercheur en économie avec plus de 31 années d’expérience dans l’enseignement supérieur. Titulaire de deux doctorats obtenus à l’Université de Paris I (Panthéon-Sorbonne) et auteur de nombreux ouvrages, ses domaines de spécialisation sont l’économie monétaire, la macroéconomie et politique économique, l’économie monétaire internationale et le commerce international. Il a notamment enseigné dans les filières LAP (licences d’administration publique) et Master classe préparatoire pendant plusieurs années et préparé de nombreux étudiants pour leurs concours d’entrée dans les matières économiques.

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